﻿{"id":4069,"date":"2014-11-26T11:20:17","date_gmt":"2014-11-26T09:20:17","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atrac.ch\/?page_id=4069"},"modified":"2015-03-20T16:24:06","modified_gmt":"2015-03-20T14:24:06","slug":"lauteur","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.atrac.ch\/?page_id=4069","title":{"rendered":"L&#8217;auteur"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.atrac.ch\/wp-content\/uploads\/2014\/11\/Koltes.png\" target=\"_blank\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright wp-image-3861\" src=\"http:\/\/www.atrac.ch\/wp-content\/uploads\/2014\/11\/Koltes-260x300.png\" alt=\"Bernard-Marie KOLT\u00c8S Photo Elsa RUIZ\" width=\"130\" height=\"150\" srcset=\"https:\/\/www.atrac.ch\/wp-content\/uploads\/2014\/11\/Koltes-260x300.png 260w, https:\/\/www.atrac.ch\/wp-content\/uploads\/2014\/11\/Koltes.png 553w\" sizes=\"auto, (max-width: 130px) 100vw, 130px\" \/><\/a>Bernard-Marie Kolt\u00e8s est n\u00e9 \u00e0 Metz, le 9 avril 1948. Son p\u00e8re \u00e9tait officier de carri\u00e8re, ce qui amena les Kolt\u00e8s \u00e0 d\u00e9m\u00e9nager souvent, s\u2019\u00e9loignant parfois de la Lorraine. Metz n\u2019en resta pas moins le principal point d\u2019attache et, plus pr\u00e9cis\u00e9ment, le quartier Sainte-Th\u00e9r\u00e8se o\u00f9 la famille fr\u00e9quente assid\u00fbment la paroisse, o\u00f9 Bernard va \u00e0 l\u2019\u00e9cole et o\u00f9, tandis qu\u2019\u00c9douard Kolt\u00e8s, [son p\u00e8re], appel\u00e9 en Indochine ou en Alg\u00e9rie, est souvent absent, Germaine, la m\u00e8re, \u00e9l\u00e8ve ses trois enfants.<\/p>\n<p>Selon de nombreux t\u00e9moignages, Bernard \u00e9tait un gar\u00e7on tr\u00e8s attachant mais plut\u00f4t timide. Comme beaucoup d\u2019enfants de militaires, il fut pensionnaire, au coll\u00e8ge Saint-Cl\u00e9ment, chez les J\u00e9suites. L\u00e0, souffrant de l\u2019\u00e9loignement de ses proches, il leur adresse quelques lettres d\u00e9chirantes. Il s\u2019applique \u00e0 ses \u00e9tudes, mais peine \u00e0 obtenir de bons r\u00e9sultats. Il pleure, la nuit, dans le dortoir. Ses professeurs, ardents scrutateurs des reins et des c\u0153urs, s\u2019inqui\u00e8tent pour lui. L\u2019un d\u2019eux \u00e9crit sur son bulletin cette phrase qui, apr\u00e8s coup, r\u00e9sonne de mani\u00e8re proph\u00e9tique\u00a0 : \u00ab\u00a0 Bernard court \u00e0 la catastrophe avec le sourire\u00a0 \u00bb. L\u2019enfant attend avec impatience les vacances, pour retrouver ses fr\u00e8res, ses cousines et, surtout, cette m\u00e8re, \u00e0 laquelle il voue un amour sans r\u00e9serve, et qui le lui rend, d\u2019ailleurs, avec une ferveur au moins \u00e9gale.<\/p>\n<p>\u00c0 18 ans, Kolt\u00e8s part au Canada animer un camp d\u2019enfants catholiques. Au passage, il per\u00e7oit la beaut\u00e9 du continent am\u00e9ricain et revient \u00e9bloui, boulevers\u00e9 de ce premier p\u00e9riple. En m\u00eame temps que se dessine, d\u00e9j\u00e0, de mani\u00e8re encore ind\u00e9cise, sa vocation th\u00e9\u00e2trale, il entreprend plusieurs voyages qui le conduisent \u00e0 New-York, \u00e0 Moscou, au Mexique, au Guatemala (qu\u2019il visite en pleine r\u00e9volution sandiniste)\u2026 Bient\u00f4t, il a \u00e9galement l\u2019occasion de se rendre en Afrique, de plus en plus attir\u00e9 par \u00ab\u00a0 la part la plus malheureuse\u00a0 \u00bb de la vaste humanit\u00e9 qu\u2019il d\u00e9couvre, \u00ab\u00a0celle des vrais exploit\u00e9s\u00a0\u00bb. Peut-\u00eatre est-ce alors qu\u2019il comprend la port\u00e9e de cette situation traumatisante, dont il fut t\u00e9moin, en 1961, dans le quartier du Pontiffroy o\u00f9 se situait son coll\u00e8ge. Lors de \u00ab\u00a0l\u2019arriv\u00e9e du g\u00e9n\u00e9ral Massu\u00a0(\u2026), les caf\u00e9s explosaient, on jetait les Arabes dans les fleuves. Il y avait cette violence-l\u00e0, \u00e0 laquelle un enfant est sensible et \u00e0 laquelle il ne comprend rien\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0C\u2019est probablement cela\u00a0\u00bb, dit-il, \u00ab\u00a0qui m\u2019a amen\u00e9 \u00e0 m\u2019int\u00e9resser davantage aux \u00e9trangers qu\u2019aux Fran\u00e7ais. J\u2019ai tr\u00e8s vite compris que c\u2019\u00e9tait eux le sang neuf de la France, qui si la France vivait sur le seul sang des Fran\u00e7ais, cela deviendrait un cauchemar, quelque chose comme la Suisse, la st\u00e9rilit\u00e9 totale sur le plan artistique et sur tous les plans \u00bb.<\/p>\n<p>Mais cette vision plan\u00e9taire qu\u2019il acquiert si rapidement, et qu\u2019accompagne sa prise de conscience politique (il s\u2019est inscrit au parti communiste), co\u00efncide \u00e9galement avec ses premiers pas dans le monde du th\u00e9\u00e2tre. \u00c0 Strasbourg, d\u2019abord, o\u00f9, remarqu\u00e9 par Hubert Gignoux, il int\u00e8gre l\u2019\u00e9cole du Th\u00e9\u00e2tre National de Strasbourg. \u00c0 Paris, ensuite, o\u00f9, gr\u00e2ce \u00e0 Lucien et Micheline Attoun, certains de ses textes sont diffus\u00e9s \u00e0 la radio. L\u2019\u00e9largissement de son univers le conduit \u00e0 adopter un point de vue tr\u00e8s critique vis-\u00e0-vis de la province, ce monde \u00e9triqu\u00e9 de la petite bourgeoisie fran\u00e7aise, \u00ab\u00a0 catholique, de droite\u00a0\u00bb, dont il est issu. Certains diront\u00a0: \u00ab\u00a0Kolt\u00e8s ne s\u2019aimait pas\u00a0\u00bb. De fait, son amour allait aux autres, aux exclus, aux Africains et, plus g\u00e9n\u00e9ralement, aux Noirs. Du \u00ab\u00a0 noir\u00a0 \u00bb, il fit la couleur embl\u00e9matique de son d\u00e9sir autant que celle d\u2019un peuple opprim\u00e9 qu\u2019il se sentait impuissant \u00e0 d\u00e9fendre, mais qu\u2019il aimait fr\u00e9quenter, simplement. L\u2019apologie de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 n\u2019est pas, chez Kolt\u00e8s une figure de style ni un simple engagement politique, c\u2019est une mani\u00e8re de vivre, et d\u2019aimer.<\/p>\n<p>De son homosexualit\u00e9, Kolt\u00e8s ne fit, publiquement, que rarement mention. Elle ne fut jamais, pour lui, l\u2019objet d\u2019une d\u00e9fense ou d\u2019un combat. Sa \u00ab\u00a0diff\u00e9rence\u00a0\u00bb n\u2019en agissait pas moins sur son destin et sur son g\u00e9nie. Au d\u00e9but des ann\u00e9es 70, Kolt\u00e8s traverse une p\u00e9riode difficile, se drogue, tente de se suicider, entreprend une cure de d\u00e9sintoxication. Ayant assist\u00e9, en 76, \u00e0 La Dispute mont\u00e9e par Patrice Ch\u00e9reau, il d\u00e9cide aussit\u00f4t d\u2019envoyer ses textes au c\u00e9l\u00e8bre metteur en sc\u00e8ne qui, dans un premier temps, n\u2019y pr\u00eate gu\u00e8re attention. Qu\u2019importe\u00a0 ! Il attendra le temps qu\u2019il faudra. En 1983, le miracle se produit. Ch\u00e9reau d\u00e9couvre r\u00e9ellement Kolt\u00e8s, d\u00e9cidant de faire l\u2019ouverture du Th\u00e9\u00e2tre des Amandiers, qu\u2019il dirige, avec Combat de n\u00e8gre et de chiens. Suivront, bient\u00f4t, Quai Ouest et Dans la solitude des champs de coton. Kolt\u00e8s devient, soudain, le plus grand dramaturge fran\u00e7ais vivant. \u00c0 cette \u00e9poque, il sait d\u00e9j\u00e0 qu\u2019il est atteint du sida, et prend probablement conscience que ses jours sont compt\u00e9s.<\/p>\n<p>En 1988, il \u00e9crit Retour au d\u00e9sert, une pi\u00e8ce situ\u00e9e \u00ab\u00a0dans une ville de l\u2019est de la France\u00a0\u00bb, o\u00f9 un lecteur averti reconna\u00eet facilement le Metz des ann\u00e9es 60, avec son quartier arabe et ses villas bourgeoises. D\u00e9j\u00e0, Kolt\u00e8s, qui a \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9 par la beaut\u00e9 du visage d\u2019un criminel sur des avis de recherche placard\u00e9s dans le m\u00e9tro parisien, a entrepris son \u0153uvre ultime, et peut-\u00eatre son chef d\u2019\u0153uvre, Roberto Zucco. Fascin\u00e9 par la charge \u00e9rotique du personnage et par la th\u00e9\u00e2tralit\u00e9 de son comportement, il commet l\u2019imprudence de ne modifier que d\u2019une seule lettre le nom de l\u2019assassin Succo. La pi\u00e8ce sera cr\u00e9\u00e9e, en Allemagne, par Peter Stein, en 1990. En France, la diffusion du spectacle provoque, dans la r\u00e9gion de Chamb\u00e9ry o\u00f9 le criminel a s\u00e9vi, des scandales et des interdictions. Kolt\u00e8s n\u2019est plus l\u00e0 pour y assister. Le 15 avril 1989, pr\u00e9cipitamment rentr\u00e9 d\u2019un dernier voyage au Mexique et au Guatemala, il d\u00e9c\u00e8de \u00e0 Paris, \u00e0 l\u2019h\u00f4pital Laennec, \u00e2g\u00e9 de 41 ans. Il est enterr\u00e9 au cimeti\u00e8re Montmartre.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>OLIVIER GOETZ &#8211; MAITRE DE CONF\u00c9RENCES \u00c0 L\u2019UPV-M<\/em><\/p>\n<p><em>HORS S\u00c9RIE KOLT\u00c8S \/ L\u2019ANN\u00c9E KOLT\u00c8S \/ DIRECTEUR DE LA PUBLICATION\u00a0: DOMINIQUE GROS \/ METZ<\/em><\/p>\n<p><em>AVRIL 2009<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Bernard-Marie Kolt\u00e8s est n\u00e9 \u00e0 Metz, le 9 avril 1948. 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